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Le blog de Francine: Le blog Paris et People

CLAUDE LELOUCH MASTERCLASS AU STUDIO 28 A MONTMARTRE (18/12/2016)

Publié le 7 Janvier 2017 par Francine Spitz

Photos Francine Spitz

Claude Lelouch, réalisateur, metteur en scène, producteur, cadreur

Claude Lelouch, réalisateur, metteur en scène, producteur, cadreur

Dimanche 18 décembre 7h30

Je me lève, jamais si tôt, mais je me décide subitement que j'irai à la Masterclass de Claude Lelouch. J'avais dit, non, la veille à mon ami qui avait 2 invitations car trop de chose à faire ce dimanche. Mais tans pis, je laisse tout tomber, je voulais toujours faire un reportage sur Montmartre lors d'un évènement spécial, et là, l'occasion se présente. Montmartre, là où je suis née un jour de Noël. 

Il faut que je fasse vite, je dois y être pour 10h30. Je prends le RER puis le métro; j'arrive à attraper un bus place Clichy, juste pour une station, et je descends à l'arrêt Caulaincourt. Je monte la célèbre rue Lepic; à ma gauche j'aperçois le Moulin de la Galette, et sur ma droite la rue Tholozé, là où se situe le cinéma "Studio 28". 

 

Le moulin de la Galette à Montmartre

Le moulin de la Galette à Montmartre

Le cinéma "Studio 28" situé au 10, rue Tholozé à Montmartre

Le cinéma "Studio 28" situé au 10, rue Tholozé à Montmartre

Le public est déjà rentré, je rejoins mon ami qui m'attend invitations à la main. Nous voici dans la salle de ce cinéma que je ne connaissais pas. Une petite salle très chaleureuse. Face à moi un lourd rideau rouge en velours cache l'écran.

Nous voici assis dans de confortables fauteuils rouges. Je lève la tête, de magnifiques lustres descendent du plafond. Un bijou ce cinéma.

Le Studio 28 décoré par Jean Cocteau

Le Studio 28 décoré par Jean Cocteau

Je préfère me lever et rester debout appuyée contre le mur de l'allée. Là je ne gêne personne et mes photos seront mieux.

Il est 11h et Claude Lelouch arrive, accompagné du Directeur de rédaction à Télécable Sat Hebdo,  et la responsable du cinéma. Ils se dirigent vers les 3 tabourets placés face au public.

Le directeur interviewer nous remercie d'être venus si nombreux un dimanche matin, et remercie Monsieur Claude Lelouch d'avoir programmé cette Master Class. Il nous indique qu'il vient en voisin présenter ses oeuvres et souvent voir les derniers films. C'est un vrai amoureux du cinéma et du Studio 28 décoré par Jean Cocteau.

CLAUDE LELOUCH MASTERCLASS AU STUDIO 28 A MONTMARTRE (18/12/2016)

Claude Lelouch est ensuite interviewé:

"Comment êtes-vous tombé amoureux du cinéma ? "

Claude Lelouch répond : " Sous l'occupation, avec ma mère on était recherchés par la Gestapo, et ma mère me confiait à des ouvreuses. J'étais un enfant très turbulent, j'avais 5 ans et ma mère s'est aperçue que le seul endroit où j'étais sage c'était dans une salle de cinéma. Du coup, ma mère m'y amenait tous les jours de 2h à 6h. Je voyais le film trois quatre fois, c'était le cinéma permanent à l'époque et je suis très vite tombé amoureux des gens que je voyais sur l'écran. J'étais au premier rang, j'étais fasciné, j'étais au paradis, j'étais heureux. De 42 à 44 jusqu'à la libération j'allais dans les salles de cinéma et je suis tombé naturellement amoureux du cinéma. Et à la libération on m'a mis comme tout le monde à l'école et ça a été le cauchemar. 

J'avais une passion irraisonnée pour l'image, et mon père a tout fait pour développer ma passion. Je séchais les cours, le cinéma était devenu une drogue. Comme j'avais pas d'argent, j'y rentrais et sortais par la sortie de secours. Je ne voyais jamais le début ni la fin du film car je rentrais 10 minutes après le film et en sortais 10 minutes avant la fin pour échapper aux contrôles. J'imaginais moi-même le début et la fin du film, comme ça je n'étais pas déçu.

J'ai tout de suite compris qu'il fallait profiter du présent. Ma relation avec le cinéma était une relation amoureuse et tout ce que j'ai bien fait dans ma vie c'est à chaque fois que j'étais amoureux de quelque chose. J'ai essayé de consacrer mon temps à ce que j'aimais le plus, et très vite je me suis aperçu que j'aimais la vie autant que le cinéma. Je me suis mis à aimer la vie avec tous ses défauts. Quand on aime les gens, il faut les aimer avec leurs défauts.

Je ne suis rien d'autre qu'un reporter de la vie. Ce qui m'intéressait c'était l'aventure de la vie d'un homme et d'une femme; c'était passionnant et fascinant et donc j'ai mis mes observations dans les personnages que j'ai créé.   

CLAUDE LELOUCH MASTERCLASS AU STUDIO 28 A MONTMARTRE (18/12/2016)

Le rédacteur lui demande s'il n'avait pas été tenté de tout abandonner car ses six premiers films  étaient des échecs, avant le succès de "Un homme et une femme", il y a maintenant 50 ans.

Non, répond Claude Lelouch, pour moi ce n'était pas vraiment des échecs, c'était une façon d'aller à l'école, j'ai compris très vite que j'apprenais de mes échecs, dans la souffrance peut-être, mais mes échecs m'ont fait grandir. Mes échecs étaient des brouillons.

Votre livre, c'est un peu le mode d'emploi de vos films, il y a trois grandes passions, dit le rédacteur : "La vie, les femmes, la rencontre amoureuse".

L'animatrice prend la parole :  "La rencontre amoureuse", c'est le sujet inépuisable de vos films; est-ce que vous pensez que le sujet sera toujours d'actualité?

C'est le sujet principal de l'humanité et le sujet principal de tous mes films, c'est l'histoire du couple, pourquoi un homme et une femme se donnent tant de mal pour aller dans le même lit et pourquoi ils se donnent tant de mal pour ne plus y aller. Chaque histoire d'amour vous fait grandir, chaque histoire d'amour vous fait comprendre les choses. Encore une fois nos échecs, nos défaites, nos souffrances, restent la plus belle école du monde.

CLAUDE LELOUCH MASTERCLASS AU STUDIO 28 A MONTMARTRE (18/12/2016)

Claude Lelouch nous parle de son métier de cameraman et metteur en scène, tout cela est très intéressant, je ne peux pas tout transcrire dans mon reportage. Par contre je vais citer quelques questions posées par les spectateurs que je trouve intéressantes.

CLAUDE LELOUCH MASTERCLASS AU STUDIO 28 A MONTMARTRE (18/12/2016)

Une question dans le public : "Parmi tous les acteurs qui ont travaillé avec vous depuis des années, est-ce qu'il y en a un qui vous a particulièrement bluffé, scotché ?"

CL :  "Il y en a plusieurs ; ils sont nombreux. Je crois que Jean-Louis Trintignant m'a appris mon métier avec Anouk Aimé. Je les ai dirigés mais en même temps, ils m'ont appris beaucoup de choses. Annie Girardot a joué un rôle très important dans ma vie sur le plan professionnel et à la fois personnel parce que j'ai eu la chance d'être son compagnon de route pendant un bon bout de temps. Belmondo, Luchini, Jean Dujardin, Lino Ventura, Louis De Funès... Tous ces gens là vous laissent des traces; ce sont des gens qui font merveilleusement bien un truc, mieux que les autres, et ils sont tellement formidables qu'on ne s'en lasse pas. Les grands acteurs font cadeau de leur vie, on atteint un truc qui fait que le spectateur le ressent.

La France a ressemblé à Gabin, la France à ressemblé à Raimu, à Belmondo, à Depardieu, aujourd'hui à Dujardin.

CLAUDE LELOUCH MASTERCLASS AU STUDIO 28 A MONTMARTRE (18/12/2016)

Un spectateur l'interroge sur son film le plus court et le plus piraté sur Internet. Il demande comment il a eu l'idée de ce film.

"C'était un rendez-vous" est un rendez-vous amoureux. Un court métrage que j'avais vu en salle et que j'avais beaucoup aimé car c'était la traversée de Paris en voiture. Départ Porte Dauphine pour arriver à Montmartre en moins de 10 minutes. C'est l'histoire d'un mec qui est en retard à un rendez-vous et qui va prendre tous les risques pour arriver à l'heure. Il grille tous les feux rouges, et fait tout ce qu'il ne faut pas faire en voiture. C'est un film qui montre Paris à une vitesse folle, sans aucun trucage, sans accéléré.

CL : "Si un jour j'arrive en retard à un rendez-vous c'est que je serai mort, je me donne beaucoup de mal pour arriver à l'heure, c'est une élégance, c'est une façon de dire aux gens que je suis content de les voir".

"A la sortie du film j'ai été convoqué à la Préfecture de Police. On m'a demandé si j'avais vraiment grillé 18 feux rouges, j'ai dit oui. On m'a demandé mon permis de conduire, et le Préfet de Police me l'a rendu, car il m'a dit : "mes enfants ont tellement aimé le film, si je ne vous le rend pas, ils ne vont plus me parler".

"C'était en 1976, c'est un film qui me ressemble, c'est un film qui est à l'image de cet enfant qui désobéit. J'ai jamais obéi à personne, et ce film est le reflet de ma personnalité".

CLAUDE LELOUCH MASTERCLASS AU STUDIO 28 A MONTMARTRE (18/12/2016)

Une autre question d'un spectateur qui voudrait savoir quelle voiture il avait quand il est arrivé à Deauville en 1965 sur la plage lors du tournage du film "Un homme et une femme".

CL raconte qu'il travaillait à l'époque avec Gérard Side, son meilleur ami, qui était animateur sur Europe et qui faisait avec lui des scopitones, des clips de Claude François, Dalida, Nougaro... et il venait de s'acheter une super voiture. Il lui demande comment il faisait pour avoir autant de pognon; car moi j'avais pas un rond. Et son ami lui tend les clefs et lui dit: "tiens elle est à toi". Il s'est retrouvé avec une magnifique Mercedes décapotable dans laquelle il n'avait même pas les moyens de mettre de l'essence. Il avait une maison de production, une chambre de bonne, et du coup il donnait rendez-vous dans sa bagnole aux gens avec qui il travaillait. Les gens étaient rassurés, ils se disaient qu'avec cette bagnole il doit avoir un bureau formidable. 

Il s'est aperçu à quel point le luxe pouvait rassurer les imbéciles.

Cette voiture lui a rapporté beaucoup d'argent; c'est avec cette voiture qu'il a pu monter le film "Un homme et une femme".  Il dit qu'il avait la plus belle voiture du monde: une Mercedes 296 décapotable.

Elle était de quelle couleur demande le spectateur ? "Grenat" répond Claude Lelouch.

CLAUDE LELOUCH MASTERCLASS AU STUDIO 28 A MONTMARTRE (18/12/2016)

Une personne du public prend le micro et dit qu'il a toute sa filmographie ou presque et qu'il lui manque un film, et qu'il aimerait bien qu'il le lui refile; c'est "Le propre de l'homme".

C'est mon premier film et mon grand échec, rétorque Claude Lelouch. Ma première grande souffrance; ce film m'a tellement fait mal que je l'ai un peu brûlé et en même temps j'ai eu tord parce que ce film m'a tout appris. Ce film a peut-être tué mon père, mes parents étaient dans la salle, ils pleuraient après la projection, et trois jours après mon père est mort d'un infarctus.

J'avais 22 ans quand j'ai fait ce film; j'étais le plus jeune metteur en scène. Ce film qui aurait pu me décourager de faire du cinéma m'a au contraire renforcé dans l'idée que c'était le métier qu'il fallait que je fasse. Et il ajoute : J'ai une chance, je cicatrise très vite.

CLAUDE LELOUCH MASTERCLASS AU STUDIO 28 A MONTMARTRE (18/12/2016)

"Chacun sa vie et son ultime conviction" est le dernier film de Claude Lelouch. Il sortira le 15 mars. Un film à scketchs avec un casting énorme, 12 comédiens dont Jean Dujardin et Johnny Hallyday.

Son livre "Le dictionnaire de ma vie" est sorti; je l'achèterai.

J'ai eu plaisir à écouter sa manière d'évoquer sa vie de façon si philosophique; ça m'a fait du bien, il nous a donné une jolie leçon de vie.

CL "La vie chaque seconde est fantastique, c'est pour cela que je reviens sur ce présent; c'est la force ce présent, et ce présent on l'utilise mal parce qu'avec nos emmerdes, nos soucis, on est dans le passé et on gâche le présent. C'est pour cela que j'aime tant le cinéma parce que ceux qui viennent voir un film sont obligés à ce moment là d'être confrontés à ce présent."

 

Claude Lelouch

Claude Lelouch

Claude Lelouch et moi. A la fin du débat Claude Lelouch prend son temps de parler au public qui est venu le rencontrer. (je lui donne ma carte de visite avec le lien de mon blog, en espérant que peut-être un jour il prendra le temps de l'ouvrir).
Claude Lelouch et moi. A la fin du débat Claude Lelouch prend son temps de parler au public qui est venu le rencontrer. (je lui donne ma carte de visite avec le lien de mon blog, en espérant que peut-être un jour il prendra le temps de l'ouvrir).

Claude Lelouch et moi. A la fin du débat Claude Lelouch prend son temps de parler au public qui est venu le rencontrer. (je lui donne ma carte de visite avec le lien de mon blog, en espérant que peut-être un jour il prendra le temps de l'ouvrir).

Une dernière photo de ce beau cinéma.

Une dernière photo de ce beau cinéma.

La petite salle de restauration

La petite salle de restauration

Je sors du cinéma. Voici, quelques photos que j'ai prises sur la butte Montmartre se rapportant à la Masterclass.

Il y a deux cinémas sur la Butte Montmartre, celui-ci de l'autre côté de la rue Lepic, 1 avenue Junot. Maintenant on n'y passe plus de film, c'est un magnifique petit théâtre, qui appartient justement à Claude Lelouch.

Il y a deux cinémas sur la Butte Montmartre, celui-ci de l'autre côté de la rue Lepic, 1 avenue Junot. Maintenant on n'y passe plus de film, c'est un magnifique petit théâtre, qui appartient justement à Claude Lelouch.

Je traverse la fameuse Place du Tertre, à pied

Je traverse la fameuse Place du Tertre, à pied

pour arriver en haut des marches face à la Basilique du Sacré Coeur.

C'est là que le court métrage réalisé par Claude Lelouch "C'était un rendez-vous " prend fin en haut des marches qui montent au Sacré Coeur.

La voiture que conduit le réalisateur aura mis à peine 9 minutes pour traverser Paris de la Porte Dauphine à Montmartre, brûlant les feux rouges, ignorant les sens uniques.

C'était en août 1976, à 5h du matin.

La voiture s'arrête en haut des marches face au panorama sur Paris.

Le pilote sort de la voiture (on ne voit jamais son visage), une jeune fille blonde monte les marches, et ils s'enlacent.

CLAUDE LELOUCH MASTERCLASS AU STUDIO 28 A MONTMARTRE (18/12/2016)
La basilique du Sacré-Coeur de Montmartre

La basilique du Sacré-Coeur de Montmartre

Commenter cet article

georges noctilien 30/01/2017 15:18

Un grand Homme et un très beau reportage."un reporter de la vie"Quelle belle définition pour ce grand cinéaste.Exellent.Et les photos sont belles.Bravo Francine.

Pat 22/01/2017 19:42

Excellent !

Mireille 19/01/2017 15:06

Encore un joli reportage et de belles photos Francine ! Bravo.
Je connais cet endroit, j'y avais vu Nikita en avant-première, c'est pas récent...
J'en profite pour te souhaiter une bonne année 2017 !
Amicalement.

Daniel 18/01/2017 09:44

Comme d'habitude.... Un good job comme disent les américains !

CATHY 18/01/2017 09:29

SUPERBE REPORTAGE FRANCINE ! vraiment...
je ne connaissais pas grand chose de Claude Lelouch, grâce à toi j'ai appris plein de choses
bisous

Dany B 18/01/2017 08:33

Superbes photos merci Francine pour ton reportage
Meilleurs vœux pour 2017

Fournier .Makarof 17/01/2017 08:47

Merci ; Francine superbe ce beau reportage !merci des belles photos ! tu est très douée !Bravo Francine ! Joyeuse année 2017 ! gros Bisous Bernadette et Valery